“Bonjour les Vazahas” !

 

Audrey, Staffing Manager chez l’Oiseau Rare, est partie cet été dans la commune de Farafangana, au sud-est de l’île de Madagascar.
Une mission réalisée avec Coup de Pouce Humanitaire dont l’Oiseau Rare est partenaire.
Nous avions envie d’en savoir plus sur son aventure, alors nous l’avons interrogée !

 

Mickaël Delouvin : Bonjour Audrey, comment cette aventure a-t-elle démarré ?

Audrey Boufflers : Quand je suis arrivée chez l’Oiseau Rare, j’ai été ravie de découvrir le partenariat mis en place avec Coup de Pouce Humanitaire (CPH) ! Cela faisait longtemps que je souhaitais m’investir dans un projet humanitaire.
J’ai sauté le pas lors de la réunion d’information semestrielle de CPH, en mars, lors de laquelle toutes les missions passées et à venir sont présentées. C’est effectivement plus simple de se projeter avec les retours d’expérience des volontaires.
Pour l’occasion, l’Oiseau Rare organise un événement avec tous les salariés.
Après un échange avec Hélène (la charismatique présidente de CPH), je choisis finalement ma destination : Madagascar ! Le projet est ambitieux, il s’agit de construire une école pour 75 enfants !

 

MD : Tu as dû compter les jours ! Comment s’est passé le départ ?

AB : Samedi 14 juillet 2018, rendez-vous fixé à l’aéroport avec 11 inconnus avec qui j’allais passer les trois prochaines semaines.
10h30 de vol pour parcourir les 9000 km qui séparent Paris de Tananarive, une courte nuit dans la capitale, une victoire en finale de la Coupe du Monde, 24 heures épiques de taxi-brousse et 670 km de routes et de pistes souvent impraticables.
Nous arrivons enfin à Farafangana, commune du Sud-Est de l’île Rouge dans laquelle Coup de Pouce se rend pour la première fois.


MD : Comment as-tu vécu l’arrivée au village et ton premier jour de chantier ? 

AB : Adel, le directeur de l’école actuelle, nous a accueilli à bras ouverts.
L’objectif de notre projet est de construire une deuxième école pour accueillir quatre classes (petite section, moyenne section, grande section et CP1) et répondre ainsi aux besoins croissants de scolarisation d’une population composée à 40 % de jeunes de moins de 14 ans. Aujourd’hui, un enfant sur quatre n’est pas scolarisé en primaire et l’école publique n’est pas en capacité de couvrir tous les besoins.
L’alphabétisation et l’apprentissage du Français, l’une des langues officielles, sont essentiels à la construction d’un avenir meilleur pour la jeunesse malgache et pour le pays. Il est donc essentiel de se concentrer sur les premières années de scolarité.
L’inauguration du chantier se fait sous la pluie, en présence des élus locaux, des parents et des enfants du quartier. Le chef du quartier voisin de Mahatsara Nord prononce un discours très émouvant, puis les femmes se mettent à chanter, à taper dans leurs mains et à danser. C’est dans cette atmosphère de fête et d’émotion que notre groupe de volontaires découvre le chantier et commence à s’atteler au travail, sous le regard à la fois reconnaissant et amusé des habitants.


MD : A quoi ressemble une journée type sur un chantier CPH ?

AB : Le chantier débute tous les jours à 7h30 et se termine à 17h30. 10h de travail par jour avec un objectif : monter des murs !
Les ouvriers ont déjà préparé les fondations et coulé les parpaings à notre arrivée, ce qui nous permet d’attaquer rapidement les murs. Lucien, notre chef de chantier, nous aide à garder motivation et bonne humeur sur le chantier malgré la pluie battante de l’hiver malgache par sa douceur, sa rigueur et ses talents de danseur.

 

 

MD : Mis à part le chantier, vous avez pu découvrir le pays ?

AB : Notre routine à Farafangana : récupérer le pain tous les matins dans un vieux hangar où se mêlent les boulangers aux fourneaux et les habitants dans un joyeux chaos, voir les beaux visages des malgaches s’illuminer à chaque « akora bé » prononcé sur le chemin du chantier par les vazaha que nous sommes, admirer l’élégance des femmes malgaches qu’un rien habille, s’écarter devant les voitures et les poussepousses qui filent à toute allure, se régaler de délicieux plats traditionnels préparés tous les jours avec amour par nos hôtes ou de samosas et de beignets achetés dans la rue, plier le linge en chantant avec Aristèle et Alice, rire aux éclats et se déhancher au son des hits locaux sur le chantier, se laisser surprendre par les combats de coqs, jouer avec les enfants qui nous apostrophent avec malice derrière la grille, apprendre le malgache avec nos patients accompagnateurs…
Nous avons également eu la chance de découvrir la région de Manakara, à 4h de taxi brousse de notre chantier. Manakara est située entre la côte et les Hautes Terres, les paysages sont sublimes. Nous avons flâné devant le ballet ininterrompu de pirogues à rames et admiré cette ancienne ville coloniale.

 

 

MD : Que se passe-t-il à la fin de la mission ?

AB : Le dernier jour de chantier, nous étions attendu par une cinquantaine d’enfants qui nous ont sauté dans les bras en nous apercevant. Ils avaient préparé un discours de remerciement très émouvant et des danses traditionnelles. Un moment rare de joie et de partage que je n’oublierai jamais !
La troisième semaine, nous avons décidé de continuer l’aventure tous ensemble avant le retour pour la France. Nous sommes partis à la découverte de Ranomafana, son somptueux parc national et ses lémuriens légendaires. Nous avons gravi le canyon des makis de Ranohira, pour finalement terminer l’expédition sur les plages paradisiaques d’Ifaty au sud-ouest de l’île.

 

MD : Comment as-tu vécu ce séjour ?

AB : En un mot : un séjour inoubliable ! A la fois, l’expérience la plus émouvante et la plus éprouvante de ma vie.

 

 

MD : Un dernier mot sur Madagascar ?

AB : Madagascar est souvent décrit comme l’un des pays les plus pauvres au monde. C’est pourtant l’un des plus riches ! Qu’il s’agisse de sa biodiversité (lémuriens, caméléons, poissons multicolores, arbres du voyageur, baobabs millénaires) ou de sa culture (18 ethnies officielles, un métissage incroyablement riche et une langue aux multiples variations régionales), l’Île rouge est un trésor à bien des égards. Nous avons eu la chance d’en découvrir les multiples visages en vivant au contact d’une population locale généreuse et pleine de joie de vivre qui nous a émerveillés tous les jours par son incroyable créativité et capacité à faire face à l’adversité.

Une expérience humaine magnifique qu’aucun de nous n’est près d’oublier.